Histoire

Ville du bois appartenant à l’Abbaye de Saint-Denis, Méry devient, au XIIe siècle, une terre seigneuriale. Intimement lié au devenir de son château, le domaine de Méry passe entre les mains de multiples familles, avant de devenir, au fil du temps, la commune que nous connaissons aujourd’hui.


De Madriacus à Méry-sur-Oise, histoire des origines

Au VIIe siècle, Méry n’est qu’une immense forêt de chênes et de châtaigniers appartenant à l’Abbaye de Saint Denis (ville actuelle de Saint-Denis). En 670, l’Abbé Charderic y fait bâtir le monastère de Vaux, dédié à Saint Denis et Saint Martin et en 862, un règlement permet aux moines d’utiliser «tout le bois dont ils ont besoin pour fabriquer les douves des tonneaux et barriques» qui contiendront le vin produit par les vignobles de l’Abbaye de Saint Denis.

Peu à peu le territoire du Domaine s’étend, embrassant Sognolles, Labonneville, Vaux, Frépillon, Stors, Mériel, Mont-Arsy et Saucourt.

En 862, le nom de Méry apparaît sous la forme latine « madriacus », du latin «materia », qui signifie bois de construction et «ac », lieu, déformé en madéria, madria, madrier, merrain. «Merrain» désigne à cette époque soit le chêne, soit le châtaignier, utilisé tous deux pour la fabrication des douelles de tonneaux.

En 1100, Madriacus devient Mercium, Meriacum, puis Mairi au XIIIe siècle. Vers 1800, Napoléon fixe les noms des départements et l’orthographe des noms de villes. La terminaison en «i » devient alors « y», Méry est définitivement baptisée, comme d’autres villes axée comme elle sur le travail du bois et la fabrication des futs. Toutes situées à proximité d’une rivière, mode de transport privilégié pour les futs, chacune de ces commune portera le nom de sa rivière : Méry-sur-Marne, Méry-sur-Seine, Méry-sur-Cher, Méry-sur-Yonne et enfin Méry-sur-Oise.

La rue du bac témoigne encore aujourd’hui des activités de passage entre les deux rives de l’Oise. L’exploitation de ce bac fut notamment la principale source de revenus de la famille Buffé sous Philippe Auguste. Une activité qui ne cessera qu’avec la construction des ponts.

La demeure des sirs d’Orgemont

C’est au XIIe siècle, que le monastère, probablement déplacé à l’emplacement de l’actuel château deux siècles plus tôt, est abandonné par les moines et entre dans le domaine seigneurial de la famille de Buffé (Bouffé, Bouffémont), suivie par les familles de Dreux et de Milly. Au moment de la Guerre de Cent ans, le Seigneur, ruiné, est exproprié. Le domaine passe aux mains de Pierre d’Orgemont qui y fait construire en 1375, une «maison de campagne bien proportionnée pour la grandeur d’une personne de son rang » dont demeure une salle voûtée à pilier central. Il y reçoit Charles V, dont il est l’exécuteur testamentaire. Le roi y écrira quelques pages des Grandes Chroniques commencées par les Moines de Saint Denis.

Les guerres de religion de la fin du XVIe siècle entraîneront la ruine et l’abandon du domaine de Méry pendant

En 1583, Claude d’Orgemont, descendant de Pierre, remet le château au goût du jour par d’importants travaux et commande au sculpteur Matthieu Jacquet un portail de marbre aujourd’hui disparu. En 1589, après l’exécution de catholique dans la cour du château par la Ligue, le domaine, ruinée par les guerres de religion, est abandonné pendant deux ans.

Le Vert-Galant à Méry

En 1597, Guillemette d’Orgemont épouse le Comte Antoine de Saint Chamans. Il fait modifier et rebâtir l’aile Sud et en partie l’aile Ouest, aménage une première galerie et fait décorer de fresque la pièce voûtée du rez-de-chaussée. Rallié à Henri IV après son abjuration, Antoine reçoit souvent le Bon Roi à Méry. Il fait décorer la salle de chasse par une représentation de Diane et de Vénus qui illustrent les charmes de deux sœurs, Gabrielle, maîtresse de Henri IV et Angélique d’Estrées abbesse de Maubuisson courtisée par Antoine de Saint Chamans puis par le Bon Roi. Aujourd’hui encore, dans la zone industrielle de Saint-Ouen-l’Aumône qui s’étend sur une partie de l’ancien domaine de Maubuisson, un lieu porte encore le nom de Vert Galant, rappelant l’endroit où Henri IV venait rencontrer ces dames...

A la génération suivante, vers 1650, Antoine II de Saint Chamans fait aménager la Grande galerie, le vestibule et la façade Ouest.

Le domaine devient marquisat

A la fin du XVIIe siècle, François de Saint-Chamans puis sa veuve, font modifier le décor des façades et la grande galerie conférant au château son aspect classique. Chargé par Louis XIV de conduire Marie-Louise d’Orléans en Espagne, où elle doit épouser Charles II, François de Saint Chamans s’éprend de la jeune fille et est condamné à se retirer sur ses terres de Méry. Une sanction royale adoucie par la transformation du comté de Méry en marquisat en 1695. Une grande fête est alors organisée au moment de la Pentecôte, marquée par un grand marché le lundi de cette date anniversaire. C’est donc à cette époque que remonte notre marché du lundi...

Au XVIIIe, le domaine devenu dot de Pauline de Saint Chamans puis de sa fille, devient la propriété de Matthieu de Molé, Président du Parlement. Prenant exemple sur le travail de Le Nôtre à Versailles, Il fait dessiner des jardins par Buffon dont nous pouvons encore admirer aujourd’hui quelques arbres majestueux. Mathieu de Molé modifie également la distribution intérieure du château ainsi que la décoration.

Des Ségur-Lamoignon à Vivendi-Universal

Sous la Terreur François de Molé fils, est exécuté et le domaine pillé puis placé sous la gestion des commissaires. Il sera restitué à sa fille, âgée de quatorze ans, qui épouse, en 1798, son oncle le Vicomte Pierre-Chrétien de Lamoignon. Celui-ci fait restructurer le parc par l’architecte Berthault.

Leur fille Louise épouse en 1823 le Comte Adolphe de Ségur et obtient, par autorisation royale de Louis XVIII, le droit de porter le double patronyme de Ségur-Lamoignon. Ils commandent en 1847 à L.S. Vare de faire du parc un jardin à l’anglaise, à l’image du Bois de Boulogne. Le troisième fils de la Comtesse de Ségur, Edgar de Ségur-Lamoignon devient propriétaire du château où sa mère lui rendra de fréquentes visites et où elle a peut-être écrit quelques jolies pages des Malheurs de Sophie en puisant ses héros parmi les fermiers du château...

En 1940, le Roi d’Albanie et sa suite, chassés par les troupes de Mussolini, sont hébergés au château. Les Ségur-Lamoignon resteront propriétaires du domaine jusqu’en 1976, date à laquelle ils le vendent au Syndicat des communes de la banlieue de Paris pour les Eaux, en vue de l’installation d’une usine hydraulique. La Compagnie Générale des Eaux est chargée de la restauration, de la conservation et de l’entretien du patrimoine historique du domaine de Méry.


Le Château est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques et le domaine est classé. Confiée à Jean-Michel Wilmotte, la restauration du château est effectuée entre 1996 et 1999 et reçoit l'aval des services de la Conservation Régionale. La mise en valeur du site, conçue par l'architecte-paysagiste Pascal Cribier et validée de la Commission des Sites, comporte trois aspects distincts : l'aménagement du parc privé, l'ouverture au public d'une promenade dans la partie boisée du parc, la création d'un jardin botanique sur le thème de l'eau. 

Et l’Histoire continue…

A l'automne 2002, la société Vivendi Universal annonce la vente du château et du parc de 27 hectares qui s’étend jusqu’aux rives de l’Oise, estimés à 10 millions d’euros. La question se pose alors du devenir de ce site prestigieux du patrimoine Valdoisien. La ville de Méry-sur-Oise se porte alors acquéreur, avec le soutien de la Région et du Département.